Category Archives: La chronique de la semaine

L’association Paris Terri1

Cette semaine, dans la chronique… eh bien c’est nous !

Oui, ça peut paraitre un peu présomptueux. Mais après tout, c’est la fin de l’année, des premiers mois de vie de notre association. Et nous avons de quoi être fiers.

L’année dernière, à cette même époque, un triste bilan se faisait. Qui pour relayer les thématiques écologiques à Paris 1 ? L’envie ambitieuse de combler un manque  au sein de l’université a très vite été hors de portée pour le groupe d’étudiants mobilisés autour de la question. Mais, à notre échelle, une envie d’agir s’est fait sentir.

Pas à pas, nous avons appris, un peu, les règles de l’associatif étudiant. Les enjeux administratifs, politiques. Cette belle expérience, parfois épuisante, s’est surtout révélée profondément épanouissante !

Le plus bel exemple :  les rencontres ! Avec Patrick, agriculteur, grâce à qui la distribution de légume a pu rythmer nos semaines. Avec les enthousiastes acteurs du Collectif Percheron ! Avec Denis et Flo, réalisateurs des films Plantez couvert ! et Mouton 2.0, qui sont venus chacun leur tours enrichir nos débats de leurs films et de leurs idées ! Mais aussi avec les adhérents, qui, je l’espère, retirent de leur expérience “Paris Terrienne” d’aussi bons souvenirs que les miens.

Mais je l’avoue, à la fin de cette année, il faut aussi reconnaitre avec humilité nos échecs, comme autant de défis à relever dans la suite de l’aventure Paris Terri1, qui s’ouvre à nous dès septembre !

Alors apportez nous vos idées, vos motivations, vos envies !

En attendant, bon courage pour vos partiels, bonnes vacances et surtout… Merci !!!!

Lou

  • Pour aller plus loin :

Engagez vous dans l’asso 😉

Gabrielle Hecht et le nucléaire

Bonjour à tous !

Aujourd’hui dans la chronique de la semaine, un petit résumé d’un ouvrage précieux de Gabrielle Hecht, qui détaille avec le point de vue du courant STS (Sciences, Techniques et sociétés, qui replace la science dans le social) le développement de l’industrie du nucléaire en France.

Aujourd’hui la France tire 75 à 80% de son électricité de l’énergie nucléaire. Elle exporte même de l’électricité à des pays voisins. Dans Le rayonnement de la France, énergie nucléaire et identité nationale après la seconde guerre mondiale, Gabrielle Hecht analyse les conditions tant politiques que techniques qui ont participé à un tel développement de l’industrie nucléaire. Gabrielle Hecht est une historienne américaine spécialiste de l’histoire des techniques, discipline qu’elle enseigne à l’université de Michigan, aux Etats Unis. Elle arrive pour la première fois en France avec ses parents en 1975. Mais elle repart et commence ses recherches en 1989, alors qu’elle a auparavant suivi une formation en histoire et sociologie des sciences à l’université de Pennsylvanie, ainsi qu’une formation en « Physics » au Massachusetts Institute of Technology.

Dans cet ouvrage, l’historienne se questionne sur les liens entre la politique et la technique en France au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de l’expansion nucléaire du pays.

Elle définit donc la notion de technopolitique, « une forme distincte de l’action politique », caractérisée par la « pratique stratégique qui conçoit ou utilise la technique afin de mettre en place des objectifs politiques, de leur donner forme et de les réaliser ». Ainsi, la technopolitique serait l’instrumentalisation de la technique par la politique. Plus simplement, le terme de technopolitique pourrait définir les actions qui mêleraient politique et technique.

A partir de cette notion, l’auteur pose un autre cadre théorique à son étude, celui du « régime technopolitique ». Pour elle, « ces régimes, enracinés dans les institutions, sont constitués d’ensembles d’individus, de pratique d’ingénierie et de pratiques industrielles, d’objets techniques, de programmes politiques, et d’idéologies institutionnelles (qui) sont liés entre eux et agissent simultanément pour gouverner le développement technique et mettre en œuvre la technopolitique ». Ainsi, le régime technopolitique est l’ensemble des facteurs nécessaires à la technopolitique.

A l’aide de ces deux notions, l’auteur retrace la mise en place de l’industrie nucléaire en France. En effet, Gabrielle Hecht met en évidence les liens entre l’identité nationale, la volonté de jouer un rôle sur le plan international après l’humiliation de la Seconde Guerre mondiale, et la décolonisation, et la technique. La volonté de jouer un rôle et d’être une « grande nation » sur le plan international passe alors par différents régimes technopolitique visant à faire de la France une grande nation du nucléaire. Ainsi, les concepts « d’indépendance énergétique française », de « spécificité française » sont omniprésent dans le paysage technique de l’après guerre. La « grandeur » nationale passe par le développement de l’énergie nucléaire domestique, c’est à dire qui sert les besoins énergétiques nationaux, et militaire, c’est à dire par la création de la bombe atomique. Gabrielle Hecht explique ainsi comment les différentes entités nucléaires françaises avaient deux conceptions différentes de la grandeur nationale et donc deux régimes technopolitiques distincts. En retraçant les 25 premières années des deux entités que sont le CEA, le Commissariat à l’Energie Atomique, et EDF, entreprise du service public dont le but était de fournir le pays en énergie de façon indépendante, l’auteur explique comment les liens entre politique et techniques ont été envisagés parallèlement au développement du nucléaire. En effet ces deux entités n’étant pas régies par le même régime technopolitique, de nombreuses différences sont perceptibles et sont décrites par Gabrielle Hecht tout au long de son ouvrage, bien que le but recherché était toujours, comme l’explique le texte, la grandeur nationale. Alors que le CEA est régit par une volonté militaire et d’exception nucléaire française, EDF cherche à fournir le pays en énergie de la façon la plus rentable possible. Pour le CEA, la spécificité fait la grandeur, tandis qu’EDF considère que c’est l’efficacité et l’indépendance énergétique qui fait la puissance du pays.

Finalement, on comprend bien comment la puissante industrie nucléaire française, aujourd’hui en lambeaux, ne va pas de soi et résulte d’une société où le savoir scientifique et technique est intégré au gouvernement sans recours aux citoyens !!

Je vous renvoie maintenant si vous voulez aller plus loin dans la réflexion, aux ouvrages de Bruno Latour ainsi qu’à l’ouvrage Le choix du feu, d’Alain Gras, qui redonne espoir dans un changement de trajectoire !!!

Lou

La culture biodynamique

Mais qu’est-ce donc que la culture biodynamique ? Cette méthode agricole, généralement méconnue retrouve ces dernières années un regain de popularité auprès des agriculteurs (principalement vignerons), et des consommateurs. Récemment, c’est la médiatisation du jugement d’Emmanuel Giboulot, vigneron biodynamique ayant refusé de traiter ses vignes chimiquement, qui a remis la question au goût du jour. Mais qu’est-ce-qui se cache réellement derrière cette appellation au nom exotique ?

Pour la petite histoire, la biodynamie a été créée par le philosophe autrichien Rudolf Steiner dans les années 1920 (le concept se basant sur ses écrits édités en 1924). Le contexte historique est en effet particulier ; on commence à recycler les vestiges chimiques de la Première Guerre mondiale dans le domaine agricole. Les intrants chimiques deviennent donc de plus en plus présents dans les sols et Steiner va chercher à faire changer l’approche de l’agriculture, en spiritualisant les pratiques, et en mystifiant le processus.

Il met au point six « préparations » à épandre de manière homéopathique sur les cultures, et ce, au rythme des cycles astrologiques. Pour donner un exemple, la préparation  « 500 » consiste à placer dans une corne de la bouse de vache,  à l’enterrer en hiver puis, au printemps, à épandre l’humus qui s’y est formé sur les cultures, afin de dynamiser les sols.

Certaines autres préparations se font notamment à l’aide d’organes d’animaux, tels que des vessies, des intestins, des cranes, et sont souvent effectuées selon le même procédé (solutions enterrées dans le sol, puis épandues).

Tous ces épandages, ainsi que tous autres traitements des cultures doivent également se faire en adéquation avec les rythmes lunaires.

Ces méthodes très nébuleuses dont il est difficile de prouver scientifiquement l’efficacité, rencontre une réelle remise en question. L’aspect « mystique » et le manque d’explications quant à l’utilité de ces pratiques justifient un scepticisme de la part des professionnels et des consommateurs.

Il faut néanmoins préciser plusieurs facteurs nécessaires à la compréhension de la biodynamie. Tout d’abord, il s’agit d’une méthode visant à placer les cultures en adéquation avec les éléments autour, qu’ils soient végétaux ou animaux. La certification biodynamie, accordée par l’Institut Demeter, ne peut donc l’être que si l’exploitation dispose au préalable du label écologie. Elle s’inscrit donc dans la continuité d’une démarche déjà amorcée vers le respect de l’environnement, en lui donnant un statut plus spirituel.

Si la pertinence des méthodes utilisées parait floue et manque souvent de justifications, elle semble au fur et à mesure des années répondre plutôt bien aux attentes des producteurs concernés. Les exploitations ayant reçu le label Demeter se portent bien, et proposent surtout des produits de qualité, plus sains que les produits labellisés bio, du fait de la rigueur qu’il impose.

Pour les exploitations viticoles en effet, le label bio n’impliquera qu’une restriction partielle du traitement de la vigne ;  la vinification, et la fermentation pouvant quant à elles impliquer l’emploi d’intrants, notamment de sulfites, tout aussi nocifs pour la santé que les pesticides. Le label Demeter et les autres labels qui certifient la biodynamie, accompagnent en revanche toutes les étapes de la vinification ; réduisant ainsi au maximum l’utilisation d’intrants, même naturels, tels que le souffre (qui est autorisé en quantité minimes).

Il est donc vrai que l’agriculture biodynamique revêt des allures mystiques très discutables. La méthode peut surprendre, et fait d’ailleurs souvent passer l’agriculteur pour un farfelu auprès de ses pairs. Il faut néanmoins reconnaître que la pratique porte ses fruits, et qu’elle permet des cultures de qualité, dont l’intégrité sanitaire n’est pas à remettre en question. La notion de terroir, qui est souvent mise à mal, est ici mise en valeur, ce qui peut sembler déroutant pour le consommateur. Les goûts sont souvent uniques, mais mettent toujours l’accent sur la typicité d’un territoire dans son intégralité.

Il s’agit cependant d’une des rares alternatives qui s’opposent à la tendance d’uniformisation du vin. Les vignerons peu scrupuleux ont en effet aujourd’hui  pris la fâcheuse habitude de vinifier leur raisin avec des levures aromatisées au goût « types d’un terroir » ou d’un cépage, en aseptisant la valeur nutritive de leurs sols. Et en plus de détruire le terroir français, toutes ces levures sont bien entendu les responsables de la terrible barre dans le crâne que vous avez en vous réveillant d’une soirée passée à boire du Chardonnay.

Si la biodynamie vous semble toujours aussi folle, vous êtes peut-être dans le vrai, mais j’ai pour ma part choisi chez quels fous j’allais me nourrir, et m’abreuver.

Pour plus d’informations sur le sujet, je vous recommande internet ! Blague à part, se tient à Angers chaque année début février le salon des anonymes, qui regroupe une petite quarantaine de vignerons en biodynamie ou juste respectueux de leur vins. Et ne ratez pas le salon du vin bio à Montreuil, le 22 mars !

Valentin

La géo-ingénierie

C’est encore un sujet caché, tabou, que le grand public ne connaît pas. Des études montrent qu’aux Etats-Unis, seulement 3% des personnes interrogées peuvent décrire précisément ce qu’est la géo-ingénierie, et au Japon, seulement 7% ont entendu parler de cette science. Et vous, en avez vous entendu parler ? Pourtant ce sont des milliards de dollars qui y sont investis pour des essais grandeur nature qui nous concerneront tous.

La géo-ingénierie c’est « contrôler la météo planétaire » comme l’écrit la NASA, membre actif dans les recherches de nouvelles technologies applicables. Le but est de contrer le réchauffement climatique, maintenant établi, en utilisant la réaction des éléments pour l’atténuer ou diminuer la température. Ce n’est pas prendre le mal à la racine en essayant de réduire les causes (GES), mais tenter de repousser le point de rupture en voulant « orchestrer un système qu’on ne comprend pas » (Ronn Prinn). C’est le point ultime de la domination de l’homme sur la nature. Pour l’instant, la géo-ingénierie a deux types de projet : l’un est le stockage de dioxyde de carbone et l’autre la gestion du rayonnement solaire. Prenons ce dernier pour mieux comprendre les enjeux.

 Dans le but de gérer les rayonnements solaires avant qu’ils n’atteignent la terre, on tente d’innover en s’inspirant notamment des phénomènes  naturels à grande échelle. Le plus en avant s’inspire des effets refroidissant qu’ont causé les plus importantes irruptions volcaniques. En effet, en observant notamment l’irruption dans le nord des Philippines du mont Pinatuba en 1991, on a vu une baisse moyenne des températures sur la planète de 0,5°C. Ce phénomène est éphémère, il a duré 6 mois dans ce cas, le temps que les particules retombent. On l’explique par la déjection de pas moins de 10 millions de tonnes de dioxyde de souffre. Le souffre reflète les rayons du soleil avant qu’ils ne pénètrent l’atmosphère. Le projet serait donc d’injecter des aérosols de souffre dans la stratosphère (10 et 50 km d’altitude), où les vents circulent horizontalement, alors que les minéraux rejetés par les volcans restent dans la troposphère (< 10 km  où les vents se déplacent verticalement. L’effet dure donc plus longtemps pour un effet quasi immédiat. Paul Crutzen a chiffré à 5 millions de tonnes/an la quantité de souffre nécessaire pour avoir l’effet recherché, ce qui équivaut seulement à la moitié de l’irruption de Pinatuba mais aussi à 1/10 des rejets par la combustion fossile et l’activité industrielle. Seulement, avec l’utilisation d’avions de la taille de chasseurs à réaction, il faudrait 1 million de vol de 4h pour une répartition optimum. Pour la comparaison, il y a aujourd’hui 30 millions de vols par an.

Il faut bien entendu voir qu’un système comme celui-ci nécessite une coopération internationale et sur le long terme. C’est bien en effet une volonté de remplacer le fonctionnement du système-terre avec le soleil que l’on reconnait ici. Comme le reconnait le groupe Novim, un groupe de recherche de l’université de Santa-Barbara, « une fois lancée, la maintenance d’un système de SWCE (Short wave climate engineering) deviendra un legs permanent aux générations futures ». C’est trop gentil, il ne fallait pas ! Surtout que lorsque l’on regarde d’où se sont développés ces projets, le doute est encore plus grand. Aux États-Unis, le principal acteur des recherches est le laboratoire de la Lawrence Livermore National Laboratory. C’est une organisation connue notamment pour le développement des armes nucléaires pendant la guerre froide. La DAPRA, dont la mission est de « maintenir la supériorité technologique de l’armée des États-Unis et d’éviter toute surprise technologique qui pourrait mettre en danger notre sécurité nationale »,  a d’ailleurs organisé une conférence avec ce laboratoire en 2009. Une militarisation de la géo-ingénierie ? Non, pas du tout… On voit comment une modification d’une météo locale pourrait être une arme en vue des inégales conséquences sur l’espace. On sait par exemple que la baisse du rayonnement solaire amènerait une diminution des précipitations, principalement sous les tropiques. Les moussons, pluies indispensables pour les ressources alimentaires comme des pays comme l’Inde, se verraient diminuées. Qui définit qu’une (possible) stabilisation des températures est plus important qu’une mousson indienne ? Quel est le seuil optimal ?

On peut les voir comme une solution au réchauffement climatique, calmant les incertitudes sur l’avenir de notre planète. Mais la géo-ingénierie n’est qu’un plan B. Si les recherches sont de plus en plus poussées dans ce domaine c’est que les discussions internationales pour la diminution des émissions de GES sont dans l’impasse. Les décisions prises ne sont pas assez fortes pour avoir l’impact nécessaire.  C’est dans l’optique d’une application d’urgence que se prépare la géo-ingénierie. Les modifications climatiques aggravant la vie de certaines régions seraient mises en avant pour justifier les bienfaits d’un possible contrôle du climat, alors que nous n’avons aucun recul sur une entreprise de ce type. Plus qu’une révolution verte, dont on connait les conséquences sur les sols, ce serait une révolution des nuages à une échelle que nous, petits terriens,  ne pouvons contrôler. Clive Hamilton se questionne sur ceci en se demandant : « Ne sommes-nous pas entrain de jouer à Dieu, avec les risques que cela comporte ? »  S’il faut avoir une divinité, je préfère me brûler les yeux sous le soleil que de regarder « ces apprentis sorciers du climat » en prendre le contrôle.

Louis

  • Pour aller plus loin:

Livres

Les apprentis sorciers du climat, de Clive Hamilton   (dont je me suis grandement inspiré)

Articles

Bastamag, article reprenant les mêmes problématiques

http://www.bastamag.net/Geo-ingenierie-scientifiques

Médiapart, le GIEC ouvre la porte à la géo-ingénierie

http://blogs.mediapart.fr/blog/attac-france/011013/le-giec-ouvre-la-porte-la-geoingenierie

Vidéos

Explication donnant plus la parole au pro géo-ingénierie

http://www.youtube.com/watch?v=CcJ8Ix1_0R4

Le bio art : Art Orienté Objet

Le bio art… Tapez ça dans google image et vous tomberez sur un mec avec le visage déformé ou un autre avec une oreille sur le bras ! Ce qui laisse un peu sceptique. Ce courant de l’art contemporain apparu dans les années 1990 regroupe des artistes qui utilisent les biotechnologies comme moyen d’expression et non comme thématiques. Ils travaillent avec des bactéries, des tissus ou des organismes vivants, font des modifications génétiques ou morphologiques… Bon, on comprend pourquoi on tombe sur un gars qui s’est greffé une oreille sur le bras !

Mais pourquoi s’arrêter aux premières images google alors que des artistes comme Art Orienté Objet existent. Ce groupe fait collaborer deux artistes, Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin. Leur démarche tend à contester la réalité des frontières biologiques. Elle interroge la perméabilité entre les règnes, entre les espèces, entre le monde animal et humain. Engagé dans le débat écologique, Art Orienté Objet cherche, à travers la biologie, à montrer que l’homme n’est plus isolé dans la nature, dans une position éminente, qu’il rejoint la communauté du vivant. Parmi leurs œuvres, nous trouvons La peau de chagrin. Il s’agit d’une sculpture en résine et tricot représentant un ours polaire avec au-dessus mille ampoules fluoro-compactes. A travers cette installation, ce collectif d’artistes veut faire prendre conscience aux spectateurs de la réalité du réchauffement climatique. Ces derniers sont partagés entre le désir de contempler le désarroi de l’animal perdu dans un manteau de laine devenu glace fondante et le plafond de lumière éblouissante qui l’écrase.

veilleurs du monde, parcours d'art contemporain dans la vallee du lot 2009

Mais l’oeuvre qui a le plus retenu mon attention a été La machine à faire chanter les cerfs dans la brume ou Le cornebrame. Cette œuvre est faite à partir de ce que les chasseurs abandonnent de la dépouille du cerf c’est-à-dire la tête et la peau. Cet instrument ne peut être joué qu’à deux et à travers lui, Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin tentent de redonner vie au cerf par la complainte grave de bourdons inventés pour lui seul.

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Cependant, Art Orienté Objet est surtout connu pour son exploration des frontières entre l’homme et l’animal afin de contester l’hégémonie de l’homme sur l’environnement.

En 2011, le collectif a défrayé la chronique pour sa performance Que le cheval vive en moi ! Face à l’explosion des maladies auto-immunes dont la pollution environnementale, l’irradiation, les bouleversements écologiques des paysages seraient la cause, les scientifiques recherchent les effets positifs que pourrait avoir le système immunitaire animal sur le système humain. Devant le développement de ces expériences, Marion Laval-Jeantet a conçu cette performance. On la voit se faire injecter du sang de cheval plus exactement du plasma et des immunoglobulines, cellules utiles à l’immunité de l’animal. Cette performance a pu avoir lieu après quatre ans de recherches biotechnologiques et elle est la manière du collectif de poser la question de la barrière des espèces qui a poussé l’homme à négliger les aspects essentiels de la diversité des écosystèmes. Parallèlement à cette performance, Art Orienté Objet a réalisé une installation faite d’un corps humain en cire dont la tête est remplacé par un crâne de cheval gravé. A côté se trouve un squelette de cheval récupéré et remonté en position de jeu. Cette œuvre est une évocation des effets physiologiques ressentis dans les heures qui ont suivi la transfusion du sang de cheval.

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En effet, après la performance, Marion Lavel-Jeantet a déclaré s’être sentie « hyperpuissante, hypernerveuse, hypersensible, très craintive ».

En somme, elle a eu l’impression d’être un peu cheval. Que le cheval vive en moi ! a eu lieu le 22 février 2011 à la galerie Kapelica de Ljubljana, ayant été interdite en France. Mais il existe une video qui dure 1h15. Un morceau de 3 min se trouve sur youtube. Voici le lien… Enjoy ! Il ne faut pas oublier que tout un travail a été fait en amont avec un laboratoire médical suisse pour que la transfusion soit sans risque pour Marion Laval-Jeantet.

Enfin, si vous voulez en connaître plus sur ce collectif, ils sont actuellement exposés au musée de la chasse et de la nature jusqu’au 2 mars… !

Fanette

Les e-déchets ou les pollutions des nouvelles technologies

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Comptez le nombre d’écrans que vous regardez par jour et vous verrez que les Technologies de la Communications et de l’Information nous entourent (TIC). De l’écran d’horloge sur votre four, à l’affichage SNCF pour votre train, en passant par l’écran de votre livre numérique ou des publicités du métro, sans parler des Smartphones, j’ai compté au minimum 10 écrans dans une journée normale. Alors que la dématérialisation du monde se ressent au quotidien, quels en sont les impacts matériels ?

Pour le comprendre, il faut voir la vie des NTIC dans tout son ensemble, et pas seulement sa vie d’utilisation. C’est l’analyse du cycle de vie (ACV).

Pour qu’un Smartphone voie le jour, on a besoin d’extraire de la matière première, c’est-à-dire des matériaux qui se trouvent naturellement sur Terre. C’est en transformant certains d’entre eux que l’on parvient à faire ces “bijoux de technologie”. On estime aujourd’hui le nombre de métaux rares[1] indispensables à leur fabrication à 17, rien que pour les NTIC (laissant de côté aviation, industrie..). Ce nombre a plus que doublé en 30ans avec la miniaturisation des produits. Or on sait que ces produits sont dit « non-renouvelables », car ils se créent sur une durée qui réduit l’homme à quelques secondes. L’OCDE a même affirmé[2] « qu’avec un taux de croissance annuel de leur production primaire de 2% (la croissance aujourd’hui), les réserves de cuivre, plomb, nickel, argent, étain, zinc ne dépasseraient pas 30 années, l’aluminium et le fer se situant entre 60 et 80 ans. » Seulement la chaîne ne s’arrête pas là !

Une fois les matières extraites, il faut les traiter. Et on sait que 8 à 10% de la consommation énergétique mondiale est issue de l’extraction et du traitement de ressources métalliques. Même si on estime que l’émission de gaz à effet de serre est plus importante pour la production que pour la vie du Smartphone, cette seconde étape n’est pas à négliger. Selon le physicien américain Mark Mills, un Smartphone avec une utilisation maximale consommerait autant qu’un frigo ! Et un Smartphone s’utilise plus qu’un téléphone classique du fait des multiples applications. Il est courant de devoir recharger son smartphone tous les jours. D’où l’importance des consommations passives, comme par exemple, le simple fait de laisser brancher sur la prise secteur le chargeur de ce même smartphone, consomme de l’énergie (« je l’utilise tous les jours, pourquoi le débrancher ? »). Le baromètre AFP-Powermetrix estime que ces consommations passives en France correspondent à la production électrique de 2 centrales nucléaires ! EDF estime que cela représente 84€/an et par foyer ! Et pour boucler la boucle, le secteur qui produit le plus de gaz à effet de serre se trouve être : la production d’énergie.

Et après ? Si toute matière organique se décompose au fil du temps, ce n’est pas le cas des NTIC, qui deviennent des déchets inutilisables. D’autant plus que ces produits sont utilisés moins longtemps à cause de l’obsolescence programmée, mais aussi du fait des besoins des consommateurs d’acheter ce qui vient de sortir. Un ordinateur était changé en moyenne tous les 10ans en 1960, pour 2ans en 2005. On peut parler des filières de recyclage qui permette de redonner une deuxième vie aux produits ou en récupérant les métaux précieux. C’est à nuancer selon les pays, mais en France 80% des e-déchets ne sont pas recyclé. Où vont-ils alors ? La remarque de Jim Puckett, activiste américain, donne une partie de la réponse : « ¾ des équipements électroniques déclarés d’occasions et envoyés vers les pays en voie de développements ne sont pas réutilisable. En réalité ce sont des DEE (Déchets d’Equipements Electriques et Electronique) dont on veut se débarrasser ».

En parallèle de l’augmentation de toutes sortes de technologies dans notre quotidien, apparaît une nouvelle façon de stocker les données : le cloud. Le principe est de stocker les données de chaque utilisateur sur la toile, pour y avoir accès n’importe quand n’importe où. « Génial, on dématérialise le monde et c’est hyper pratique ! » Cependant en contrepartie  il faut créer des data center. Ce sont des grands entrepôts qui accueillent ces données. Ce sont des étagères posées en série qui contiennent des disques durs allumés 24/24h. Et oui ! Ils se doivent d’être allumés sans arrêt car il faut être disponible à tout moment pour l’utilisateur. De plus, pour améliorer la vitesse de transfert et par sécurité, les données sont stockées par les entreprises dans plusieurs data center sur la planète, multipliant nécessairement leurs nombres. Donc au lieu d’un disque individuel allumé quand on en a besoin, on a plusieurs disques répartis sur le globe allumés en continu. Et toutes ces machines informatiques disposées les unes à côté des autres dégagent de la chaleur. La question du refroidissement amène certaines entreprises nouvelles (Facebook, Google…) à s’installer dans des zones froides, proche des pôles. Des terrains moins chères pour une économie d’énergie et donc de facture. Les quantités de données sont telles que cela représente des coûts importants pour les entreprises. Lorsqu’on sait qu’un data center moyen consomme en la même quantité d’électricité que 3000 foyers américains, on comprend pourquoi ! « Si le cloud était un pays, il se classerait au 5e rang mondial en terme de demande en électricité, et ses besoins devrait se multiplier par 3 d’ici 2020 »[3]. Qui va lui donner l’électricité nécessaire ? Du charbon ? Du nucléaire ? Du gaz de schiste ?

Voilà quelques exemples pour voir que la difficulté d’avoir une vision d’ensemble rend opaque les impacts sur l’environnement. Et le tout jeune âge de la transition vers le numérique amène une inconnue quant à la longévité de ce fonctionnement.  Un épicurien matérialiste vous dirait d’en profiter avant qu’il ne soit trop tard, mais il ne me semble pas que cette école fasse partie de l’écologie.

Louis


[1] On les appelle « rares », non par la quantité de réserve s’estime à 1000an d’exploitation comme aujourd’hui (site de USGS), mais par leur localisation très spécifique. Une grande partie se trouve en Chine, qui a annoncé vouloir composer des stocks stratégiques. C’est à la géopolitique d’imaginer la suite de l’histoire…

[2] Commissariat général du développement durable, « Matières mobilisées par l’économie française. Compte de flux pour une gestion durable des ressources ». 2009

[3] Greenpeace « Votre cloud est-il net ? »

  • Pour aller plus loin :

Vidéo, sons :

Envoyé spécial qui traite un autre problème du cloud avec la protection des données.

http://www.youtube.com/watch?v=rHfESl3_agI

La tête au carré, « Les e-déchets ou l’impact environnemental des TIC » (podcast)

http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-les-e-dechets-ou-limpact-environnemental-des-tic-technologies-de-linformat

 

Sites :

Les réflexions d’EDF sur l’énergie

https://www.lenergieenquestions.fr/

Statistiques écologiques mondiales en temps réel

http://www.planetoscope.com/

Organisme de l’Etat pour le recyclage des e-déchets

http://www.e-dechet.com/

 

Articles :

Libération, sur les data center

http://www.liberation.fr/economie/2013/04/14/data-centers-la-donnee-ecolo_896098

Greenpeace, « Votre cloud est-il net ? » (rapport de 3 pages)

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&ved=0CDYQFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.greenpeace.org%2Ffrance%2FPageFiles%2F300718%2FVotre%2520cloud%2520est-il%2520net.pdf&ei=2NLeUtXyFaXJ4wS68IDIBw&usg=AFQjCNHdBCOZZVOUh2e61nmpdKFqS8bkzw&bvm=bv.59568121,d.d2k&cad=rjt

Géo.fr, sur les e-déchets au Ghana

http://www.geo.fr/environnement/actualite-durable/le-ghana-poubelle-pour-les-e-dechets-25740

Livre papier ou numérique ?

http://mondedulivre.hypotheses.org/1175

 

Livres :

La face cachée du numérique, Fabrice Filipo, Michelle Dobré et Marion Michot

La Confédération Paysanne

La Confédération Paysanne est un syndicat d’agriculteurs, créé en 1987 en opposition à  la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et au CNJA (Centre nationale des jeunes agriculteurs), qui soutiennent une agriculture productiviste à laquelle certains agriculteurs reprochent le manque de considérations sociales et environnementales. C’est donc dès les débuts de la Confédération Paysanne que la question sociale est intégrée à ce syndicat, qui milite « pour une agriculture paysanne et la défense des travailleurs ».

L’agriculture paysanne est donc au cœur des revendications de « la Conf’ ». Mais c’est quoi, l’agriculture paysanne ? D’après le syndicat, « l’agriculture paysanne propose des solutions afin que des paysans nombreux puissent vivre de leur travail et en retrouvent le sens : produire pour nourrir et non produire pour produire. ». Vous pouvez trouver en détail ici les six thèmes clés de l’agriculture paysanne mis en avant par la Confédération Paysanne.

L’agriculture paysanne, c’est aussi faciliter l’accès au métier d’agriculteur/de paysan. Pour cela, la Confédération défend une agriculture locale et à taille humaine, qui permet aux agriculteurs proches de la retraite de céder leurs exploitations à un prix abordable pour les jeunes. Pour vivre correctement sur de petites exploitations, la confédération paysanne revendique la rémunération du travail paysan, c’est à dire l’intégration du temps de travail dans les coûts de production.

La Confédération Paysanne lutte également contre les OGM, qu’elle refuse et ce depuis des années. En effet, elle soutient le mouvement des Faucheurs Volontaire depuis la première action du mouvement menée en 1999 par José Bové qui deviendra en 2001  le porte parole de la Conf’.

La Confédération Paysanne est également connue pour son soutien à José Bové, en 1999, lors de l’affaire du McDonald’s de Millau. Accompagné de paysans militants, José Bové sabote la construction d’un fast food de la chaine. Cette action a pour but de contester la décision de l’Organisation Mondiale du Commerce d’autoriser la répression américaine faisant suite au refus de l’Union Européenne d’importer de la viande élevée aux hormones de croissances  (cette répression consistait notamment en une taxe sur le fromage).

 

Si les luttes spectaculaires de la Confédération Paysanne ne sont plus au premier plan aujourd’hui, son combat pour une agriculture paysanne et pour le respect de l’environnement ne cesse pas et nombreuses sont les victoires obtenues par le syndicat !

Lou

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