Gabrielle Hecht et le nucléaire

Bonjour à tous !

Aujourd’hui dans la chronique de la semaine, un petit résumé d’un ouvrage précieux de Gabrielle Hecht, qui détaille avec le point de vue du courant STS (Sciences, Techniques et sociétés, qui replace la science dans le social) le développement de l’industrie du nucléaire en France.

Aujourd’hui la France tire 75 à 80% de son électricité de l’énergie nucléaire. Elle exporte même de l’électricité à des pays voisins. Dans Le rayonnement de la France, énergie nucléaire et identité nationale après la seconde guerre mondiale, Gabrielle Hecht analyse les conditions tant politiques que techniques qui ont participé à un tel développement de l’industrie nucléaire. Gabrielle Hecht est une historienne américaine spécialiste de l’histoire des techniques, discipline qu’elle enseigne à l’université de Michigan, aux Etats Unis. Elle arrive pour la première fois en France avec ses parents en 1975. Mais elle repart et commence ses recherches en 1989, alors qu’elle a auparavant suivi une formation en histoire et sociologie des sciences à l’université de Pennsylvanie, ainsi qu’une formation en « Physics » au Massachusetts Institute of Technology.

Dans cet ouvrage, l’historienne se questionne sur les liens entre la politique et la technique en France au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de l’expansion nucléaire du pays.

Elle définit donc la notion de technopolitique, « une forme distincte de l’action politique », caractérisée par la « pratique stratégique qui conçoit ou utilise la technique afin de mettre en place des objectifs politiques, de leur donner forme et de les réaliser ». Ainsi, la technopolitique serait l’instrumentalisation de la technique par la politique. Plus simplement, le terme de technopolitique pourrait définir les actions qui mêleraient politique et technique.

A partir de cette notion, l’auteur pose un autre cadre théorique à son étude, celui du « régime technopolitique ». Pour elle, « ces régimes, enracinés dans les institutions, sont constitués d’ensembles d’individus, de pratique d’ingénierie et de pratiques industrielles, d’objets techniques, de programmes politiques, et d’idéologies institutionnelles (qui) sont liés entre eux et agissent simultanément pour gouverner le développement technique et mettre en œuvre la technopolitique ». Ainsi, le régime technopolitique est l’ensemble des facteurs nécessaires à la technopolitique.

A l’aide de ces deux notions, l’auteur retrace la mise en place de l’industrie nucléaire en France. En effet, Gabrielle Hecht met en évidence les liens entre l’identité nationale, la volonté de jouer un rôle sur le plan international après l’humiliation de la Seconde Guerre mondiale, et la décolonisation, et la technique. La volonté de jouer un rôle et d’être une « grande nation » sur le plan international passe alors par différents régimes technopolitique visant à faire de la France une grande nation du nucléaire. Ainsi, les concepts « d’indépendance énergétique française », de « spécificité française » sont omniprésent dans le paysage technique de l’après guerre. La « grandeur » nationale passe par le développement de l’énergie nucléaire domestique, c’est à dire qui sert les besoins énergétiques nationaux, et militaire, c’est à dire par la création de la bombe atomique. Gabrielle Hecht explique ainsi comment les différentes entités nucléaires françaises avaient deux conceptions différentes de la grandeur nationale et donc deux régimes technopolitiques distincts. En retraçant les 25 premières années des deux entités que sont le CEA, le Commissariat à l’Energie Atomique, et EDF, entreprise du service public dont le but était de fournir le pays en énergie de façon indépendante, l’auteur explique comment les liens entre politique et techniques ont été envisagés parallèlement au développement du nucléaire. En effet ces deux entités n’étant pas régies par le même régime technopolitique, de nombreuses différences sont perceptibles et sont décrites par Gabrielle Hecht tout au long de son ouvrage, bien que le but recherché était toujours, comme l’explique le texte, la grandeur nationale. Alors que le CEA est régit par une volonté militaire et d’exception nucléaire française, EDF cherche à fournir le pays en énergie de la façon la plus rentable possible. Pour le CEA, la spécificité fait la grandeur, tandis qu’EDF considère que c’est l’efficacité et l’indépendance énergétique qui fait la puissance du pays.

Finalement, on comprend bien comment la puissante industrie nucléaire française, aujourd’hui en lambeaux, ne va pas de soi et résulte d’une société où le savoir scientifique et technique est intégré au gouvernement sans recours aux citoyens !!

Je vous renvoie maintenant si vous voulez aller plus loin dans la réflexion, aux ouvrages de Bruno Latour ainsi qu’à l’ouvrage Le choix du feu, d’Alain Gras, qui redonne espoir dans un changement de trajectoire !!!

Lou

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